Guides · Site internet · Sauvegarde
Sauvegarde de site web : ce que couvre l’hébergeur et ce qu’il faut conserver ailleurs
La copie incluse par l’hébergeur peut réparer une erreur récente. Pour résister à la perte du compte, au rançongiciel ou à la disparition du service, ajoutez une copie indépendante et testez sa restauration.
La réponse en bref
La sauvegarde incluse dans un hébergement web est utile pour revenir sur une erreur récente, mais elle ne constitue pas à elle seule une politique de sauvegarde. Sa durée de conservation est limitée, elle peut dépendre du même compte que le site et son fonctionnement n’est pas toujours garanti par le contrat.
Conservez au moins une copie administrée séparément de l’hébergement principal et une copie hors ligne ou rendue inaltérable pendant la durée prévue. La règle 3-2-1 donne un repère simple : trois copies des données, sur deux supports différents, dont une hors ligne. Une copie située dans le même espace client ne remplit pas ce dernier critère.
Définissez aussi deux besoins avec l’entreprise : la quantité de données qu’elle peut accepter de perdre et le temps maximal pour remettre le service en état. Enfin, testez une restauration complète des fichiers et de la base. Une sauvegarde qui n’a jamais été restaurée reste une hypothèse.
Vérifiez la durée et la garantie contractuelle
Les quatre offres examinées incluent ou décrivent des mécanismes très différents. La durée de conservation va de 14 à 90 jours lorsqu’elle est précisée, et certaines documentations rappellent explicitement que la sauvegarde à long terme reste à la charge du client. Il faut donc lire le contrat et la documentation de l’offre réellement souscrite, pas seulement la mention « sauvegarde incluse » sur la page commerciale.
| Hébergeur | Durée de conservation disponible | Ce que dit le contrat ou la documentation | Restauration testée par le client ? |
|---|---|---|---|
| OVHcloud | 14 jours (fichiers), 30 jours (base) | « Il reste cependant non-contractuel […] il est de votre responsabilité de mettre en place votre propre politique de restauration » | À vérifier |
| IONOS | 14 jours, fichiers comme base | « Vous êtes donc responsable de la sauvegarde à long terme de vos données » | À vérifier |
| o2switch | 30, 45 ou 90 jours selon l’offre | Restauration en libre-service, mais « destructrice » — les données actuelles sont remplacées sans retour possible | À vérifier |
| LWS | À confirmer dans l’offre souscrite | « LWS n’est pas tenue de faire une sauvegarde des données hébergées sur le serveur » | À vérifier |
Vérifiez aussi si les fichiers et la base de données sont copiés au même moment. Chez OVHcloud, par exemple, leurs durées de conservation diffèrent. Restaurer la base d’un jour et les fichiers d’un autre peut créer un état qui n’a jamais existé : commandes absentes, comptes incohérents ou médias manquants. Une restauration complète doit donc associer des copies compatibles.
Séparez la sauvegarde du compte d’hébergement
Un attaquant cherche souvent à supprimer ou à chiffrer les sauvegardes pour empêcher la restauration. Si le même compte permet d’administrer le site et d’effacer ses sauvegardes, la copie peut disparaître avec le service principal.
Une sauvegarde hors ligne n’est pas accessible depuis le système protégé. Une sauvegarde inaltérable reste accessible en lecture, mais ne peut pas être modifiée ou supprimée pendant une durée définie. Ces protections sont différentes ; une politique robuste peut utiliser les deux.
La sauvegarde proposée dans l’espace client de l’hébergeur reste utile pour les erreurs ordinaires. Ajoutez toutefois une copie avec une authentification, des droits d’administration et un emplacement distincts.
L’incendie d’OVHcloud montre le rôle du contrat
Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, l’incendie du bâtiment SBG2 d’OVHcloud à Strasbourg a rendu environ 3,6 millions de sites indisponibles. Les clients dont le serveur et la sauvegarde se trouvaient dans le bâtiment détruit, sans copie ailleurs, ont perdu leurs données.
Dans l’une des procédures qui ont suivi, le tribunal de commerce avait accordé 101 102 € à une entreprise dont le contrat promettait une sauvegarde sur un site géographiquement séparé. En appel, le manquement d’OVHcloud a été reconnu, mais la clause limitative de responsabilité a été appliquée : l’indemnisation a été ramenée à 1 800,48 €, soit six mois d’abonnement.
La leçon est double : vérifiez où se trouve réellement la copie et lisez le plafond d’indemnisation. Même lorsqu’un manquement de l’hébergeur est reconnu, le contrat peut limiter très fortement la somme versée. Une sauvegarde indépendante protège les données ; une indemnisation ne les recrée pas.
Exportez les données avant la fermeture du compte
Un hébergeur peut supprimer l’espace et ses sauvegardes quelques semaines après une échéance impayée ou dès la clôture de certaines offres. Dans les conditions examinées, o2switch annonce 30 jours après une échéance impayée et une destruction immédiate en cas de remboursement anticipé ; OVHcloud annonce 45 jours après l’échéance.
Avant toute résiliation, exportez les fichiers, la base de données, les courriels hébergés, les réglages DNS, les certificats et la configuration utile. Restaurez cette copie dans un environnement de test, puis seulement après validation, fermez l’ancien compte.
À ne pas faire
- Résilier avant d’avoir exporté et testé une copie complète
- Confondre les sauvegardes de l’espace fermé avec une archive conservée par l’entreprise
- Attendre la fin du délai annoncé pour commencer une migration
- Supposer que le nouveau prestataire a repris les courriels, le DNS et les certificats en plus du site
Appliquez la règle 3-2-1 à votre site
Gardez trois copies des données : les données utilisées par le site et deux sauvegardes. Placez-les sur au moins deux supports ou services distincts, dont une copie hors ligne. L’ANSSI et la CNIL reprennent ce principe comme base d’une politique de sauvegarde.
Pour un site web, une organisation simple peut être : le site en production, une sauvegarde automatique dans un stockage séparé et une copie périodique hors ligne. Les deux sauvegardes ne doivent pas pouvoir être supprimées avec le seul compte d’administration de l’hébergement.
Voir le détail technique : concevoir et tester les copies
Traduire 3-2-1 dans une architecture réelle
| Environnement | Copie de travail | Deuxième copie | Copie hors ligne ou inaltérable |
|---|---|---|---|
| Hébergement mutualisé | Site et base en production | Export automatique vers un stockage géré avec un compte distinct | Copie périodique chiffrée, déconnectée après l’export |
| Serveur virtuel | Volumes et base en production | Instantanés stockés hors du serveur | Export dans un autre compte avec suppression bloquée pendant une durée définie, plus une copie hors ligne selon le risque |
| Infrastructure cloud | Service et base en production | Sauvegarde dans un compte de sauvegarde séparé | Stockage inaltérable et identités d’administration distinctes ; copie hors ligne pour les données critiques |
| Service en ligne sans accès au serveur | Données du service | Exports automatiques des données et de la configuration | Exports conservés dans un stockage indépendant du fournisseur |
Une autre région du même fournisseur protège d’une panne locale, mais pas forcément de la compromission du compte principal. Un autre compte limite ce risque, sans devenir automatiquement une copie hors ligne. « Hors site », « compte séparé », « inaltérable » et « hors ligne » décrivent quatre protections différentes ; la politique doit dire lesquelles sont réellement en place.
Définir la perte et le délai acceptables
Le besoin métier se formule sans sigle :
- Combien d’heures de nouvelles données pouvons-nous accepter de perdre ?
- Combien de temps le site peut-il rester indisponible ?
Le premier chiffre fixe la fréquence minimale des sauvegardes. Le second fixe l’objectif de restauration, les moyens nécessaires et l’ordre dans lequel les services reviennent. Le prestataire peut ensuite les documenter sous les noms techniques de point de reprise et de temps de rétablissement.
Tester une restauration complète
Le test se fait dans un environnement isolé, jamais par-dessus la production. Il doit couvrir :
- La récupération de la copie sans utiliser une session déjà ouverte
- La restauration coordonnée des fichiers et de la base
- Le démarrage du site avec des secrets de test
- L’ouverture de pages, la connexion à un compte et l’affichage des médias
- Pour un commerce, une commande de test sans paiement réel
- La mesure du temps écoulé et des données manquantes
- La suppression sécurisée de l’environnement de test après validation
Ce que la formule 3-2-1 ne décide pas
La formule a été popularisée en 2006 par Peter Krogh dans The DAM Book, puis reprise par l’ANSSI et la CNIL. Elle indique un nombre de copies et leur séparation ; elle ne fixe ni leur fréquence, ni leur durée de conservation, ni l’ordre de restauration. Les variantes 3-2-1-1-0 ou 4-3-2 ajoutent d’autres objectifs, mais ne constituent pas des recommandations officielles françaises.
Distinguez la sauvegarde de l’archivage légal
L’article 32 du RGPD demande de pouvoir rétablir la disponibilité des données après un incident et de tester régulièrement les mesures prévues. Une perte accidentelle de données personnelles peut constituer une violation, même sans attaque.
D’autres textes imposent de conserver certains documents : dix ans pour les documents comptables et pièces justificatives, six ans pour les factures au titre du droit de communication fiscal, cinq ans pour les bulletins de paie. Cette obligation porte sur les documents disponibles et exploitables, pas sur la conservation de chaque sauvegarde quotidienne pendant toute cette durée.
L’archivage conserve les versions de référence pendant la durée légale. La sauvegarde permet de les récupérer après une suppression, une panne ou une attaque. Les deux dispositifs doivent être prévus ensemble, mais ils ne répondent pas au même besoin.
| Document | Durée de conservation | Ce que la sauvegarde doit garantir |
|---|---|---|
| Documents comptables et pièces justificatives | 10 ans | Une copie récupérable des archives encore soumises à cette durée |
| Factures relevant du droit de communication fiscal | 6 ans | Une restauration qui conserve le document, son format et son rattachement à l’exercice concerné |
| Bulletins de paie conservés par l’employeur | 5 ans | Une copie protégée des suppressions accidentelles et contrôlée lors des tests |
Vérifiez que la sauvegarde est réellement utilisable
Ce contrôle court ne remplace pas une restauration complète chronométrée. Il permet de repérer rapidement une sauvegarde inaccessible, incomplète ou dépendante du même compte que le site.
- 0 à 5 minutes — Trouver la copie. Identifiez son emplacement, sa date, le compte nécessaire pour y accéder et la durée de conservation restante.
- 5 à 10 minutes — Vérifier le périmètre. Confirmez que la copie contient les fichiers, la base de données, les médias et les éléments de configuration nécessaires. Pour un site marchand, vérifiez aussi les données qui vivent dans des services externes.
- 10 à 20 minutes — Extraire sans écraser. Restaurez un petit ensemble de fichiers et ouvrez un export de la base dans un emplacement isolé. N’utilisez pas la fonction de restauration destructive sur le site en production.
- 20 à 25 minutes — Contrôler. Vérifiez que les fichiers s’ouvrent, que l’export de base est lisible et que les dates correspondent à la copie annoncée.
- 25 à 30 minutes — Noter le résultat. Consignez ce qui a été testé, la personne, la date, le temps nécessaire et les éléments manquants. Planifiez ensuite une restauration complète dans un environnement de test.
Le taux d’échec de 58 % souvent cité vient d’un éditeur de logiciels et d’un échantillon de grandes entreprises internationales. Il ne doit pas être présenté comme une statistique française indépendante. La preuve utile reste le résultat daté de votre propre restauration.
Évaluez aussi la violation de données
La perte ou la destruction de données personnelles peut constituer une violation même sans piratage. Documentez les données touchées, les personnes concernées et les conséquences possibles. Vérifiez ensuite si la CNIL doit être notifiée et quels délais s’appliquent à l’incident.
Ce qu’il faut demander à l’hébergeur et au prestataire
La sauvegarde incluse dans notre offre est-elle garantie par le contrat, et combien de jours reste-t-elle disponible ?
La clause exacte, la durée par type de donnée et les éventuelles exclusions.
Les fichiers et la base sont-ils copiés au même moment et peuvent-ils être restaurés ensemble ?
Les horaires des deux copies et la méthode utilisée pour garantir leur cohérence.
Une personne qui contrôle le compte d’hébergement peut-elle aussi supprimer toutes les sauvegardes ?
Des comptes, droits et mécanismes de suppression séparés, ou l’explication claire de l’absence de séparation.
Combien d’heures de données pouvons-nous perdre au maximum et en combien de temps le site complet doit-il être rétabli ?
Deux durées validées par l’entreprise : perte de données acceptable et délai de rétablissement.
Quand une restauration complète a-t-elle été testée pour la dernière fois, et quel en a été le résultat ?
Une date, le périmètre restauré, le temps mesuré et les erreurs rencontrées.
Que devient notre copie indépendante si nous changeons d’hébergeur ou si le compte principal est suspendu ?
Un emplacement et un accès qui restent disponibles indépendamment du contrat d’hébergement.
Les sources
- ANSSI — Sauvegarde des systèmes d’information, les fondamentaux
La règle 3-2-1 (R11), la sauvegarde hors ligne indispensable (R12), le test de restauration (R22).
- ANSSI — Attaques par rançongiciels, tous concernés
Pourquoi une sauvegarde connectée est une sauvegarde chiffrable.
- CNIL — Texte consolidé de l’article 32 du RGPD
Les trois obligations distinctes : disponibilité, rétablissement, test régulier.
- CNIL — Définition d’une violation de données personnelles
Confirme qu’une perte accidentelle sans sauvegarde est une violation notifiable.
- Legalis.net — Jugement du tribunal de commerce de Lille Métropole, 26 janvier 2023
Bâti Courtage c/ OVH : la première instance, gagnée à 101 102 €.
- LeMagIT — L’arrêt de la cour d’appel de Douai, 24 avril 2025
L’indemnisation ramenée à 1 800,48 € : la décision qui fait autorité aujourd’hui.
- Légifrance — Code de commerce, art. L123-22
La durée légale de conservation des documents comptables : dix ans.
- OVHcloud — Spécificités techniques des hébergements mutualisés
Le texte exact du caractère non contractuel de la sauvegarde incluse.
- IONOS — Sauvegarder manuellement l’espace web et les bases de données
La rétention de 14 jours et la responsabilité du client pour la sauvegarde à long terme.
- o2switch — Comparatif de l’offre unique
Les durées de rétention par variante d’offre : 30, 45 ou 90 jours.
- LWS — Conditions générales de vente 2024
La clause exacte : LWS n’est pas tenue de sauvegarder les données du serveur.
