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Cyberattaque en entreprise : quels délais pour la plainte, la CNIL et l’assureur ?

Après une cyberattaque, trois démarches peuvent se cumuler : porter plainte, notifier la CNIL et déclarer le sinistre à l’assureur. Leurs délais et leurs points de départ sont différents.

Par 11 min de lecturePublié le

La réponse en bref

Après une cyberattaque, vérifiez immédiatement trois démarches indépendantes :

  1. Porter plainte sous 72 heures calendaires si l’entreprise est couverte par une assurance cyber et si l’incident entre dans le champ prévu par l’article L. 12-10-1 du code des assurances. Une plainte tardive peut faire perdre le droit à l’indemnisation.
  2. Notifier la CNIL sous 72 heures calendaires lorsqu’une violation de données personnelles est susceptible de présenter un risque pour les personnes concernées. Le délai part du moment où l’entreprise a connaissance de cette violation.
  3. Déclarer le sinistre à l’assureur dans le délai écrit au contrat. Ce délai ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés.

Notez séparément l’heure à laquelle l’incident, la possible violation de données et le sinistre ont été identifiés. Ces trois moments peuvent être proches, mais ils ne sont pas automatiquement identiques. En parallèle, conservez les preuves et commencez à limiter l’incident.

Dès la découverte

Notez les heures de départ

Notez l’heure du premier signe observé, celle à laquelle l’incident a été confirmé et, si elle est différente, celle à laquelle une possible violation de données personnelles a été identifiée. Ajoutez le nom de la personne qui a fait chaque constat. Cette chronologie servira à expliquer les décisions prises à la police, à la CNIL et à l’assureur.

Si vous contrôlez l’équipement touché, isolez-le du réseau sans l’éteindre. Supprimer des fichiers, réinstaller le site ou couper brutalement une machine peut faire disparaître les journaux et les traces nécessaires pour comprendre l’intrusion. Travaillez sur une copie ; conservez l’original en l’état.

À vérifier en parallèle

Quel délai s’applique à votre situation ?

Les trois démarches ne s’appliquent pas automatiquement à chaque incident. Une attaque qui rend des fichiers indisponibles sans toucher de données personnelles peut ne pas nécessiter de notification à la CNIL. À l’inverse, un courriel envoyé au mauvais destinataire peut constituer une violation de données sans qu’il y ait eu d’intrusion. Examinez donc chaque colonne séparément.

Les trois démarches, comparées.
Plainte pour l’indemnisationNotification à la CNILDéclaration à l’assureur
Point de départConnaissance de l’atteinteConnaissance de la violation de donnéesConnaissance du sinistre
Délai72 h calendaires72 h calendairesMinimum 5 jours ouvrés, ou le délai du contrat
NatureCondition légale de versement de l’indemnitéObligation légaleObligation contractuelle
Se déclenche siVous êtes assuré cyber, atteinte visée aux art. 323-1 à 323-3-1 du code pénalUne violation de données personnelles est susceptible de présenter un risque pour les personnesUn sinistre couvert par le contrat est survenu
Si le délai est dépasséLe versement de l’indemnité n’est pas dûAmende jusqu’à 10 M€ ou 2 % du CA mondialDéchéance possible, seulement si préjudice prouvé
Voir le détail technique : préparer le dossier d’incident

Préparer un dossier d’incident exploitable

Le but n’est pas de tout analyser avant d’agir. Il est de conserver assez d’éléments pour que les interventions techniques, la plainte, la notification à la CNIL et la déclaration à l’assureur reposent sur la même chronologie.

  1. Ouvrez une chronologie unique. Pour chaque événement, notez la date, l’heure, le fuseau horaire, la personne qui l’a constaté et l’action réalisée. Séparez le premier signe observé, la confirmation de l’incident et la découverte d’une possible violation de données.
  2. Conservez les originaux avant de corriger. Demandez une copie du site et de sa base de données, puis exportez les journaux disponibles : accès et erreurs du serveur, authentification, pare-feu ou CDN, messagerie, administration de l’hébergement et modifications DNS. Gardez une copie intacte et travaillez sur un duplicata.
  3. Cartographiez les données accessibles. Listez les formulaires, comptes clients, bases, espaces de stockage, sauvegardes et boîtes mail auxquels le compte ou le système compromis donnait accès. Pour chaque ensemble, notez la nature des données, le nombre approximatif de personnes concernées et ce qui reste incertain.
  4. Séparez la preuve de la remise en état. Consignez les mots de passe changés, les sessions révoquées, les clés renouvelées, les fichiers supprimés et les services coupés. Cette liste permet de comprendre ce qui a été modifié après la copie initiale.
  5. Préparez quatre sorties à partir du même dossier. La police a besoin des faits et des traces de l’intrusion ; la CNIL, des données et des risques pour les personnes ; l’assureur, des circonstances, des mesures prises et du coût ; le prestataire, des éléments nécessaires pour contenir puis corriger l’incident. Le socle factuel reste le même, seule la présentation change.
Si l’assurance cyber peut jouer

Portez plainte sous 72 heures

Depuis le 24 avril 2023, une entreprise couverte par une assurance cyber doit déposer plainte dans les 72 heures suivant la connaissance de l’atteinte pour conserver son droit à l’indemnisation. Cette règle concerne les atteintes à un système informatique visées par les articles 323-1 à 323-3-1 du code pénal. Elle ne crée pas une obligation générale de porter plainte pour toute entreprise victime d’un incident.

Pour une entreprise, THESEE ne permet pas de déposer en ligne une plainte pour piratage. Présentez-vous dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie avec l’extrait Kbis, la pièce d’identité du représentant légal et, si une autre personne se déplace, un mandat daté et signé. Il est aussi possible d’écrire au procureur de la République ; conservez alors la preuve d’envoi et sa date.

Le service saisi doit enregistrer la plainte. Le dispositif public 17Cyber peut orienter l’entreprise et la mettre en relation avec un policier ou un gendarme, mais cet échange ne remplace pas le dépôt de plainte.

En cas de retard, la formulation juridique exacte est la suivante : le versement de l’indemnité n’est pas dû. Ce mécanisme est distinct d’une clause contractuelle de déchéance de garantie.

À ne pas faire

  • Chercher à déposer en ligne sur THESEE une plainte au nom de l’entreprise
  • Remplacer la plainte par une main courante
  • Attendre de connaître le montant total du préjudice
  • Modifier ou supprimer les preuves avant d’en conserver une copie
Si des données personnelles sont touchées

Évaluez puis notifiez la CNIL sous 72 heures

Une intrusion, une perte, une modification ou une divulgation de données personnelles constitue une violation de données. Évaluez sans attendre les conséquences possibles pour les personnes concernées. Si la violation est susceptible de présenter un risque, notifiez-la à la CNIL dans les 72 heures suivant le moment où l’entreprise en a eu connaissance.

Le délai court en heures calendaires, week-end compris. Si toutes les informations ne sont pas encore disponibles, la notification peut être complétée ensuite ; l’enquête technique ne doit pas retarder le premier signalement.

La procédure de notification, la grille de décision et les informations à fournir relèvent d’un guide dédié. Ici, la priorité est d’ouvrir la démarche dans le délai et de documenter la décision.

Si le contrat peut couvrir l’incident

Déclarez le sinistre à l’assureur

Lisez les conditions particulières du contrat dès le début de l’incident et déclarez le sinistre dans le délai qui y est indiqué. Le code des assurances prévoit au minimum cinq jours ouvrés ; le contrat peut accorder davantage, jamais moins.

Ce délai est distinct des deux délais de 72 heures. Une déclaration tardive ne permet à l’assureur d’opposer la déchéance que s’il prouve que le retard lui a causé un préjudice. Cette déchéance ne s’applique pas lorsque le retard résulte d’un cas fortuit ou de force majeure.

Pour resituer les chiffres

Pourquoi les estimations de coût varient autant

Les montants publiés sur le coût d’une cyberattaque ne mesurent pas tous la même chose. Certains parlent de l’indemnité versée après franchise, d’autres du coût déclaré par l’entreprise, et d’autres encore des violations de données subies par de grandes organisations. Les comparer sans préciser leur méthode produit des écarts de plusieurs ordres de grandeur.

Pour les entreprises de moins de 50 salariés, les données disponibles situent l’indemnité moyenne constatée entre 3 100 € et 9 400 €, et le coût médian déclaré entre 4 900 € et 8 700 €. Ces deux mesures convergent vers quelques milliers d’euros, mais elles ne décrivent ni les mêmes dépenses ni toutes les entreprises. Le tableau ci-dessous donne le périmètre exact de chaque chiffre.

Pourquoi un même sujet donne des chiffres si différents.
SourceMontantCe qu’il mesure vraiment
AMRAE, indemnités constatées 2025 (micro, CA < 2 M€)3 127 €Indemnité moyenne versée par sinistre, franchise déduite — pas le coût total
Hiscox, coût déclaré 2022 (0 à 9 salariés)4 900 €Coût médian déclaré par les entreprises touchées, toutes causes
Hiscox, coût déclaré 2022 (10 à 49 salariés)8 700 €Même mesure, tranche d’effectif supérieure
Asterès/CRiP, coût moyen 2022 (PME exclues du calcul)59 000 €Ne mesure pas les TPE/PME : explicitement écartées du calcul, seulement comptées dans le volume
IBM/Ponemon, violations de données 2025 (France)3,59 M€Coût moyen d’une violation de données chez de grandes organisations — pas une cyberattaque ordinaire de TPE
Après les déclarations

Réduisez le risque de récidive

Une fois les démarches ouvertes, poursuivez l’enquête et la remise en état : identifiez le point d’entrée, renouvelez les accès compromis, vérifiez les règles de transfert de messagerie et restaurez depuis une sauvegarde testée. Consignez les décisions prises et mettez à jour la procédure interne pendant que les difficultés rencontrées sont encore fraîches.

Ce qu’il faut demander à l’assureur et au prestataire

  1. Quel délai exact notre contrat fixe-t-il pour déclarer ce sinistre, et à quelle adresse devons-nous envoyer la déclaration ?

    Un nombre de jours, une heure limite et les coordonnées écrites du service destinataire.

  2. L’incident constaté entre-t-il dans les garanties du contrat, et quelles pièces devons-nous transmettre pour ouvrir le dossier ?

    Une confirmation écrite de la garantie mobilisée et une liste de pièces, pas une réponse orale générale.

  3. Une copie complète des systèmes, des journaux et de la base de données a-t-elle été conservée avant la première intervention ?

    La date de la copie, son emplacement, son périmètre et le nom de la personne qui l’a réalisée.

  4. Quelles données personnelles ont pu être perdues, modifiées ou consultées, et sur quels éléments repose cette analyse ?

    Une réponse par application, table, formulaire ou boîte mail, avec les incertitudes encore ouvertes.

  5. Qui est chargé de déposer plainte au nom de l’entreprise, avec quel mandat et avant quelle heure limite ?

    Un nom, un mandat daté et signé, la liste des justificatifs et l’échéance calculée.

Les sources